Accueil > Dossiers > Un ordinateur solidaire

Un ordinateur solidaire

Malgré la baisse continue des prix des appareils informatiques, bien des gens ne peuvent pas en disposer. Or, actuellement, sans accès au numérique, on reste, économiquement et socialement, en marge de la société.

Chez nous, il y a des demandeurs d’asile et des réfugiés qui arrivent sans rien et doivent reconstruire leur vie. Il y a aussi des personnes qui, ici, on tout perdu et émargent au CPAS. Et ceux qui disposent d’un ordinateur tombé en panne et qui n’ont pas les moyens de le remplacer ou de le faire réparer. Et bien d’autres encore qui se retrouvent exclus du monde digital.

De plus, des associations tentent, avec des moyens exigus, de venir en aide à ces populations. Elles aussi sont en manque de moyens informatiques.

Du côté du belge moyen, le matériel informatique est devenu un bien de consommation. En cas de panne, on se doute déjà que la réparation sera coûteuse et nous privera longtemps de notre cher compagnon virtuel. Aussi, publicité aidant, on commence par acheter du neuf. Puis, lorsque l’ancien devient encombrant, on le jette. Alors qu’il serait bien utile aux moins bien nantis.

Il n’y a pas que les pannes qui mettent un appareil hors service. Il y a aussi l’obsolescence programmée et les besoins inutilement croissants des nouvelles versions des logiciels, essentiellement Windows. Le matériel obsolète est souvent réutilisable grâce à Linux.

Il y a donc, d’un côté, un besoin, de l’autre, des moyens oubliés ou gaspillés.
Il faut un trait d’union. Son rôle est d’identifier les besoins, rassembler les moyens, et les rendre compatibles.

Ce n’est pas l’objet d’un Repair Café. C’est, cependant, un endroit où se présentent des occasions de récolter les moyens : « Il se passe rarement une semaine sans qu’une généreuse personne ne nous propose un appareil en panne, pour l’offrir à qui voudra. Belle intention ? »

Ce rôle de trait d’union est déjà joué par quelques associations telles que Cyreo ou les Petits Riens. Mais, ceux-ci ont, notamment, une approche économique. Économie sociale, bien entendu. Les produits sont vendus, les travailleurs sont formés et rémunérés. Et c’est très bien ainsi.

À côté de cela, il y a aussi un « Atelier Informatique Solidaire ». Une autre approche !

En pratique :

  • vous présentez votre offre au Repair Café ;
  • suivant le volume offert, le Repair Café :
    • le réceptionne et le transmet, de votre part, à l’atelier (ordinateur portable, petits périphériques, tablettes, smartphones...) ;
    • vous redirige vers l’atelier pour l’organisation d’un transport (ordinateurs fixes, écrans, imprimantes laser).

Contrairement aux associations citées ci-dessus, l’action de Atelier Informatique Solidaire est entièrement gratuite. Le matériel reconditionné est offert directement à des utilisateurs ou des associations, ou via des associations.

Vous connaissez déjà le Repair Café. Durant la séance, un réparateur vous aide à réparer votre appareil. Il ne dispose pas d’un stock important de pièces de rechange. De plus, le temps de réparation est limité à la durée de la séance.

Pour l’informatique, l’Atelier Informatique Solidaire peut se voir comme un complément du Repair Café. Avec le même objectif : ne pas jeter un objet utile.

À cette fin, il :

  • reprend gratuitement des appareils en panne ou obsolètes ;
  • remet en état les appareils qui en valent la peine et les offre à des particuliers ou des associations ;
  • récupère les pièces des appareils non réutilisables en vue de la réparation d’autres ;
  • peut consacrer, au besoin, plus de temps à une intervention ;
  • fournit (souvent à distance) de l’aide à l’utilisation des systèmes offerts ou installés par ses soins ;
  • fonctionne sur rendez-vous et non par permanences ;
  • met à disposition des Repair Cafés son stock de pièces, dont des alimentations pour de nombreux types d’appareils.

Bien sûr, il y a quelques limites :

  • système d’exploitation Linux exclusivement : ni Windows, ni Mac OS ;
  • dans la mesure des moyens humains et pièces disponibles ;
  • sans pression sur les délais ;
  • dans un cadre non commercial, mais solidaire.

En ce qui concerne les ordinateurs Windows ou Mac OS, l’atelier peut tenter la récupération des données sur les appareils en panne.

Et, pour le matériel qui est offert à l’atelier, les disques durs sont soigneusement effacés avant d’être réutilisés. Cela garantit que vos données ne seront pas divulguées. Mieux qu’à la déchetterie !

Les ordinateurs fixes sont faits de composants souvent interchangeables. Si la machine entière ne peut pas être réutilisée, ou réparée, les pièces réutilisables sont déposées et classées. Elles serviront à la réparation d’autres.

Le cas des ordinateurs portables est plus complexe. Certaines pièces sont compatibles entre de nombreux modèles. C’est le cas des disques durs et lecteurs optiques. D’autres sont compatibles entre un nombre limité de modèles : les dalles d’écrans et, plus rarement, les ventilateurs. Il faut donc entreposer de nombreuses machines pour avoir, occasionnellement, la possibilité de permuter des pièces. Si la machine en vaut la peine, on peut acheter les pièces, à bon marché sur l’Internet, avec un délai de livraison souvent important.

Et pourquoi pas les imprimantes à jet d’encre ? Parce que, pour les tester, il faut acheter, assez cher, des cartouches qui pourraient servir à prouver que... l’imprimante est irrécupérable et que l’achat des cartouches était inutile.

En informatique, il n’y a pas que le matériel. Il y a aussi le logiciel. Et, c’est en rendant le logiciel trop gourmand que le marché pousse, volontairement, les ordinateurs vers l’obsolescence. C’est l’escroquerie informatique.

L’atelier transforme cette escroquerie en opportunité. Grâce à Linux. Moins gourmand en ressources que Windows, Linux se contente des machines que Windows rejette. L’atelier les obtient gratuitement et les offre, ressuscitées.

Daniel Debaste
jeudi 5 avril 2018


Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?